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dimanche 25 septembre 2016

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coup de coeurNos titres préférés
Actes sud / Didier / Enfance et musique / Flammarion / Gallimard / Lirabelle / Milan / Autres éditeurs /


coup de coeurEpaminondas / Odile Weulersse d’après Sarah Cone Bryant ; Kersti Chaplet ; Hélène Mahieu ; Luc Debuire. - Père Castor/Flammarion, 2015 (Les classiques en musique)

Epaminondas est une adaptation d’un conte africain écrite par Sarah Cone Bryant (auteur américain de la fin du XIXe-début du XXe siècles, ). Celle-ci transpose l’histoire en Louisiane, sans chercher à lui donner une couleur locale spécifique (http://feeclochette.chez.com/Bryant/epaminondas.html). Au milieu du XXe siècle, Odile Weulersse en fait une adaptation savoureuse : elle donne plus de consistance aux personnages, notamment à la marraine, brosse un tableau de la vie villageoise. L’illustratrice d’origine suédoise, Kersti Chaplet, complète ce tableau : elle représente tous les détails du conte mais en ajoute aussi d’autres (animaux, autres villageois), leur donnant vie dans des couleurs non saturées. L’enfant non lecteur peut ainsi suivre très facilement toutes les péripéties.   Ce conte de randonnée met en scène Epaminondas, un petit garçon que sa mère somme d’être digne du nom prestigieux qu’elle lui a donné. Il est serviable et obéissant. Mais il multiplie les bêtises, gâchant les cadeaux différents que lui fait sa marraine pour le récompenser de l’aide qu’il lui apporte chaque semaine. En effet il suit à la lettre les conseils que lui donne sa mère lorsqu’elle constate un nouveau désastre : il met sous son chapeau une motte de beurre, manque de noyer un petit chiot, traîne en laisse dans la poussière des galettes… Désespéré d’ être toujours grondé, Epaminondas va consulter un sorcier, qui tire la leçon de l’histoire, de portée universelle : il faut apprendre en observant et en jugeant par soi-même ; aucune règle ne peut être mécaniquement appliquée, il faut sans cesse s’adapter aux nouveautés de chaque situation.   Le CD (21’), seule nouveauté de l’ouvrage, est relativement décevant à mon sens, mais il est évident qu’un enfant qui n’a pas été nourri de lectures familiales antérieures risque d’être moins sévère. Aucune couleur authentiquement exotique de cette interprétation et de la musique. Hélène Mahieu, la récitante, différencie les personnages, quoique de manière assez convenue (sinon caricaturale parfois pour la marraine). Le récit est (trop ?) lent, mais permet aux plus jeunes enfants de bien comprendre le texte, d’en retenir tous les détails et donc de mieux savourer les erreurs d’Epaminondas qu’ils peuvent anticiper. Les bruits jouent un rôle important, qui correspond bien aux choix d’Odile Weulersse et de Kersti Chaplet.

Epaminondas reste une valeur sûre des albums pour enfants non lecteurs ou apprentis lecteurs (comme j’en ai fait l’expérience avec un enfant de 7 ans). Même des enfants plus grands l’apprécient, ce qui favorise une lecture familiale. A l’école, l’ouvrage permet de découvrir le plaisir de la lecture mais peut aussi servir de support à de nombreuses activités, y compris de mise en voix théâtralisée. L’album seul coûte 4,50 €, l’album-CD 10,50 €. A chacun de choisir selon ses talents propres de conteur. Brigitte Lacot

  Liens utiles Sur le site de Croqu’livre, textes énumératifs, randonnées : http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php ?rubrique41

Exemples d’exploitation de l’album en classe : http://tice33.ac-bordeaux.fr/Ecolien/LinkClick.aspx ?fileticket=9RN4Gi2XENY%3D&tabid=2120&mid=1179

http://www.ac grenoble.fr/ien.pontdecheruy/IMG/pdf_Epaminondas.pdf

http://macas.over-blog.com/article-epaminondas-49670022.html

Un autre album-CD dans la collection Les Oralbums aux éditions Retz : http://www.editions-retz.com/methodes-scolaires/maitrise-de-la-langue/epaminondas-9782725631998.html

coup de coeurPetites histoires du monde / Jean-Claude Carrière ; Anna Forlati ; Lionel Rolland. - Bulles de savon, 2014

"Scénariste, dramaturge, romancier, chroniqueur, voyageur", Jean-Claude Carrière nous invite dans sa maison de Paris pour écouter le merveilleux conteur qu’il est aussi, lui qui pendant 25 ans, a collecté des histoires dans tous les pays traversés.
Entrez, la porte est ouverte. Installez-vous tranquillement et donnez au temps le silence de la rencontre. Laissez-vous surprendre par ses 29 petites histoires ou contes philosophiques d’une immense sagesse. 29 petites histoires (entre 20s et 2’30mn chacune), profondes et minutieuses, transmises oralement grâce au lien sensible tissé avec l’autre. 29 petites histoires qui scrutent l’âme humaine entre générosité et absurde. La voix de Jean-Claude Carrière porte le voyage. Aiguisée, dense, subtile, elle enseigne et laisse résonner les mots, fragiles et précieux morceaux de mémoire. Anna Forlati magnifie ces rencontres par des illustrations extrêmement présentes et imagées. Lionel Rolland, de quelques notes légères au son du oud, bendir et guitare, crée les respirations entre chaque récit.
Partout dans le monde, des hommes se racontent des histoires pour partager ce précieux goût de l’ autre et du vivant. Si vous souhaitez approfondir l’origine de ces récits, procurez-vous le livre de Jean-Claude Carrière : "Le cercle des menteurs" / Pocket 2010, d’où sont extraits les textes de ce très bel album. Magnifique ! Claire Py

A partir de 9 ans

coup de coeurArtie et Moe : pas de sieste aujourd’hui ! / Ramona Badescu, Amélie Jackowski. - Benjamins media (Taille S), 2015

Plongez en immersion aquatique avec Artie et Moe, deux sympathiques petits poissons qui s’échappent après le repas, au moment où des parents attentionnés les envoient faire une sieste. C’est dimanche, et nos deux compères partent explorer le petit monde des profondeurs : posidonies, grande raie étoilée, oursins, murène...ah ! Quelle frayeur avec celle-ci. Plus loin, les voilà devant un spectacle de crevettes grises synchronisées... Grâce à l’audace et la curiosité de ces deux-là, les petits auditeurs découvriront les trésors des fonds marins aux noms surprenants.

Format carré 15X15cm, cet album s’inscrit dans la collection taille S (à partir de 15-20 mois) chez Benjaminsmédia. Une écoute à partir de 3 ans semblerait plus appropriée en raison de mots complexes ou inhabituels pour de toutes petites oreilles. Cependant, les voix, les rythmes, les sons, créent un langage sonore varié et intéressant. Cette jolie balade colorée et illustrée avec talent par Amélie Jackowski, se termine en chanson, alors que nos deux héros, fatigués mais heureux, ont retrouvé leur parents. Les enfants seront ravis de reprendre en choeur la comptine « Les petits poissons dans l’eau ». En annexe, une page permet de faire connaissance avec les auteurs (Ramona Badescu est la créatrice entre autre du personnage de Pomelo), ainsi que de tous les protagonistes de l’histoire. Comme dans chaque ouvrage de Benjaminsmédia, une transcription braille et gros caractère est disponible en complément du livre/CD. Claire Py

A partir de 3 ans

coup de coeurBulle et Bob à l’école / Natalie Tual ; Gilles Belouin ; Ylia Green. - Didier (Polichinelle), 2013

Bulle et Bob ont préparé leurs affaires : cartable, habits bien pliés, serviette pour la cantine, trousse à fleurs, cahiers, règle, c’est l’aventure de la rentrée à l’école ! Tout est prêt, mais l’excitation du lendemain empêche le frère et la soeur de dormir. C’est l’occasion d’un échange savoureux entre eux. Ils imaginent des tas de choses : et si la maîtresse stresse, est-ce qu’elle a un doudou. ? C’est l’occasion de revoir le matériel aussi. Ils sortent toutes leurs fournitures, Bob épate Bulle car il sait déjà écrire son prénom (normal, c’est sa deuxième année, il est grand !). "Bon, allez, maintenant on dort !" Et le lendemain, c’est la rentrée !

Ce texte, très joliment écrit par Natalie Tual qui pose un beau regard sur les interrogations enfantines, leurs angoisses et leur joie avant un évènement aussi important qu’une rentrée scolaire, est ponctué de chansons vives et rythmées. Des sons aussi divers que carillons, steeldrum, ukulélé, stylo, zip de trousse, papier froissé sont organisés en un univers sonore vibrant et joyeux par Gilles Belouin, complice es musique. Natalie Tual de sa voix claire est parfaite aussi bien dans le chant que dans la narration. En fin d’ouvrage, vous pouvez retrouver 4 partitions des chansons de l’album.

La collection de Bulle et Bob est toujours un moment de plaisir. Les illustrations d’ Ilya Green, vives et pétillantes, reflètent bien l’univers de ces deux enfants qu’on adore ! 19 mn à savourer, la rentrée n’est pas si loin... Claire Py

A partir de 3 ans

coup de coeurHistoires en herbe / Françoise Diep ; Gil Lachenal. – Oui’ Dire, 2015

Voici quelques Histoires en herbe héritées de source traditionnelle, réécrites, adaptées de comptines ou tissées des souvenirs personnels de Françoise Diep, conteuse depuis plus de 20 ans.

. Le rutabaga, 7’58 - Cette histoire sent bon la campagne et s’inscrit dans une terre nourricière où poussent d’incroyables trésors de la nature, genre rutabaga comme vous n’en n’avez jamais vu ! . Quand trois poules vont au champs, 11’09 - Des petites poulettes malicieuse, intrépides et solidaires sortent du poulailler, respirent les champs herbus et se retrouvent dans la forêt où rôde un renard gourmand et très sûr de lui. .Le petit dernier, 11’25 - Cette histoire invite à prendre son envol ou toute sa place dans le nid, ça dépend de son rang dans la fratrie oiseau ! . Le poussin et le chat, 8’23 – Un chat d’une tendresse infinie qui materne un petit poussin perdu !

Les histoires de Françoise Diep sont à partager avec délices entre parole rythmée et chantante, refrains à répéter pour mieux s’aventurer dans le plaisir du conte, jeu avec les mots. Elles réenchantent l’univers du tout-petit pour aller au-delà de peurs légitimes à l’âge où le désir de s’inscrire dans le monde devient invitation à quitter la sécurité. Quelques pas en avant bercés par la voix douce et bienveillante à l’accent savoureux de la conteuse, un ou deux pas de plus grâce à ses récits ponctués des sons joyeux et sensibles des violoncelle, clarinette, contrebasse et mis en musique par Gil Lachenal. Le visuel de ce disque de conte est illustré par Marjorie Pourchet. Edité chez Oui’Dire qui défend la tradition orale , les enfants auront plaisir à déguster ces histoires à pleine oreille en prenant tout leur temps (42’ pour l’ensemble de l’ouvrage), et faire un pas de géant, deux pas de côté… ! Claire Py

A partir de 3 ans

coup de coeurL’ogre Babborco et autres contes / Muriel Bloch ; Andrée Prigent ; Régis Lejonc. – Didier (A petits petons), 2014

Muriel Bloch réenchante 3 contes de transgressions, chacun édité à l’origine dans la collection « A petits petons », en les proposant dans leur version orale. Sa voix singulière, accompagnée par la musique originale de Joao Mota à la guitare, joue avec talent des rythmes, étire et chante les mots, se délecte des odeurs et des images qu’elle donne à entendre et à voir. Parole vivante et vivifiante, Muriel Bloch participe au renouveau du conte en France depuis 1979.

. A partir de 5 ans - Premier conte : L’ogre Babborco – 10’22 – Voici une version sarde du Petit chaperon rouge, illustrée avec force par Andrée Prigent et Régis Lejonc dans des images cernées au trait noir. L’ogre Babborco dévore tout sur son passage jusqu’au jour où un enfant gourmand et rusé va déjouer le destin avec un simple plat de délicieux gnocchis. Laissez-vous conter par Muriel Bloch qui a l’art de nous mettre l’eau à la bouche et vous saurez comment Piétrino sauve son village.

A partir de 4 ans - Deuxième conte : Héléna, Yvan et les oies – 7’07 – Tiré de la collecte d’Afanassiev « Contes populaires russes », ce récit initiatique illustré par Régis Lejonc, raconte la quête d’Héléna pour sauver son petit frère. Echappé de la demeure familiale pendant l’absence des parents, il est enlevé par Baba Yaga. Poursuivis par les oies sauvages de la sorcière alors qu’ils s’en retournent vers leur maison, les enfants seront protégés par un pommier, un poêle et une rivière de lait. La conteuse court vocalement avec eux...

. A partir de 6 ans - Troisième conte : Fillette et gros alligator – 9’24 – Adaptation du conte « La chèvre et les biquets », illustrée par Andrée Prigent. Dans cette version louisianaise, c’est un alligator qui joue le rôle du loup ! La mère part au marché, recommande à ses 3 filles d’être sages et de n’ouvrir la porte que lorsqu’elles entendront son chant « C’est moi, vot’Mum, vot’ Mummy… ». Bien sûr, les enfants promettent mais Gros alligator croquerait volontiers 3 fillettes pour son dîner. Il s’entraîne à chanter, le voilà devant l’escalier de la maison, la plus petite se précipite, le bébé est avalé ! Gros alligator digère, la mère se lamente, arrive le père et …la voix colorée, malicieuse, éplorée de Muriel Bloch accompagnée de la guitare fait merveille !

Dans cette collection extraordinaire qui ouvre sur l’imaginaire, l’écoute et la parole (voir aussi Ogres et ogressesAu loupBêtes pas si bêtesGourmand, trop gourmandRira bien qui rira le dernier), les conteurs racontent des histoires qu’ils ont transposées par écrit. Pour une appropriation du livre, choisissez le conte qui vous touche, lisez-le à voix haute et laissez-vous surprendre par votre propre interprétation… Claire Py

coup de coeurLa voiture de Groucho / Olivier Saladin ; Nathalie Choux ; Gibus(écoute et devine). – Didier, 2014

Groucho ouvre la porte de son garage où l’attend sa petite voiture, un cadeau tout enrubanné et son chien avec lui. Il se rend à l’anniversaire de la petite Alice qui fête ses trois ans. Mais dans le garage, rien ne va comme d’habitude : la portière de l’automobile reste fermée, les clés sont introuvables… bon, il faut passer par le coffre bien sûr ! Il bougonne et ronchonne et marmonne Groucho, ce petit homme étourdi mais plein de ressources. Ah ! ses clés sont retrouvées (sous ses fesses pardi !) et « c’est parti mon kiki ! teuf, teuf, teuf… ». Mais Groucho n’est pas au bout de ses surprises avec sa petite voiture étonnante !
Michèle Moreau a écrit cette histoire, racontée avec délice et bonhomie par Olivier Saladin (8’17). Elle s’est amusée à créer un personnage lunaire, plein de fantaisie, décalé et coincé dans un comique de situation accentuée par des onomatopées et des expressions drôles et savoureuses. Nathalie Choux multiplie les rondeurs dans ses illustrations gaies et colorées. L’arrangement sonore d’Antoine Delecroix joue de bruitage « automobilistique » que le petit auditeur aura plaisir à reconnaître ou découvrir. Et le musicien Gibus clôt allegretto cet album par une petite chanson (1’15). Un régal ! Claire Py

A partir de 1 an

coup de coeurL’amélanchier / Jacques Ferron ; Denis Côté ; Anne Sol ; Johanne Marie Tremblay ; Etienne Loranger. – Planète Rebelle, (collection Conter fleurette - contes pour enfants), 2011

En adaptant pour la jeunesse le roman de l’écrivain québécois Jacques Ferron (1921-1985) publié en 1970, Denis Côté a choisi de concentrer le récit linéaire sur l’enfance de Tinamer de Portanqueu, alors que Jacques Ferron multiplie les liens entre passé et présent, les digressions politiques et philosophiques, et surtout évoque le travail de Tinamer à l’hôpital psychiatrique où a travaillé son père, ainsi que la vie d’un des pensionnaires, Coco, alias Jean-Louis Maurice, 15 ans, aveugle, considéré comme « retardé ». La langue riche, poétique et colorée de Ferron est ici simplifiée, ainsi que l’hommage à la littérature anglo-saxonne, et notamment à Lewis Carroll.

L’histoire « Mon enfance est un conte. » : ainsi se termine le prélude au récit rétrospectif de Tinamer. C’est cette enfance qui lui sert de boussole, lorsque, devenue adulte, celle-ci se sent désorientée. En effet, elle va raconter à hauteur d’enfant ce « conte merveilleux » au sein d’une famille unie, avec une mère tendre et discrète, Etna, et un père haut en couleur, un « grand rastaquouère » extravagant, objet d’une admiration et d’un amour sans bornes. Elle vit à l’abri du monde extérieur et communie avec les oiseaux et les arbres du « bois enchanté » qu’elle explore avec son père. L’amélanchier en est le « phare printanier ». D’après son père, ce « bon côté des choses » s’oppose au « labyrinthe » des rues, lieu de tous les dangers écologiques et de l’exploitation capitaliste des « maîtres du monde », « Papa Boss » et « oncle Sam ». Aussi la petite fille imagine-t-elle que son père ne peut subvenir à leurs besoins qu’en étant un voleur.
Au centre du récit se déploient les aventures rêvées d’un samedi ensoleillé au cours duquel Tinamer voit apparaître l’étrange Monsieur Northrop qu’accompagne une petite fille blonde, puis Messire Dodgson, c’est-à-dire Lewis Carroll, à la recherche de son personnage, Alice. Comme Alice, Tinameur rapetisse puis se transforme en bécasse aux prises avec Etna, une gélinotte huppée. Elle revoit plus tard Monsieur Northrop, personnage inspiré à la fois par le critique littéraire canadien Northrop Frye et le lapin carrollien qui, d’après Léon de Portanqueu, cherche sur sa boussole le nord, fondement de sa mémoire, ainsi que Messire Dodgson, à l’entrée de l’hiver.
Avec le début de l’école, vient le temps du désenchantement, de la découverte progressive des relations sociales et du « mauvais côté des choses », et donc le temps de la démythification douloureuse du père dont sa mère lui révèle le véritable métier : médecin dans un hôpital psychiatrique pour des enfants que son dévouement ne peut sauver. Sur son lit de mort, Léon de Portanqueu pardonne à Tinamer de l’avoir chassé du conte enchanté qu’il avait forgé pour elle : c’est ce pardon qui restitue à Tinamer la beauté de son enfance qui constituera dès lors le point d’ancrage définitif de sa vie.
Les illustrations d’Anne Sol photographe de formation, sont originales . Elle procède par photomontage, en modifiant ses propres photos grâce à la juxtaposition de calques. Elle crée ainsi un univers mêlant réel et imaginaire qui correspond tout à fait au monde de l’enfance que se remémore Tinamer.
Anne Sol a mis en page le texte afin de déterminer très précisément la place des illustrations en fonction des thèmes principaux, l’éveil au monde de la petite fille, sa relation avec son père, et des moments-clefs. La répartition dans l’album est irrégulière. On découvre cinq grands diptyques : une nuit extraordinaire au milieu des arbres, la poursuite de Monsieur Northrop dans le bois, la deuxième conversation avec ce dernier, l’attente devant la porte de l’école et la vue de Montréal depuis la rive Sud. Huit autres illustrations se déploient sur une pleine page, se prolongeant parfois naturellement sur la deuxième page (l’arbre généalogique, la promenade sur les épaules du père, la bécasse au nez de Pinocchio, la pleine lune…). Sont disséminées encore des illustrations plus petites, plus ou moins discrètes. Chaque photomontage a été préparé à l’aide de croquis. Toutes les nuances de vert, contrastant avec le rouge des fleurs, dominent largement les pages consacrées à l’enfance enchantée, alors qu’un jaune plus agressif envahit « le mauvais côté des choses » et que les couleurs s’estompent. Si Tinamer est photographiée sous tous les angles, jamais on ne voit le visage de son père ou de sa mère : la seule fois où Léon est photographié de face, son visage disparaît derrière son journal qu’envahissent les fleurs. 

Le CD Les 21 plages correspondent aux 21 chapitres de taille inégale, ce qui permet de mieux marier écoute (72mn) et lecture : Prélude ; Ma famille ; Le bois enchanté ; Le bon et le mauvais côté ; Mon voleur de père ; La pleine lune ; Le noir de la nuit ; De beurre et de miel ; Des visiteurs ; Messire Dodgson ; Sortilèges ; Monsieur Northrop ; Mère et fille ; Les maîtres du monde ; Jour de pluie ; Lettres et chiffres ; Première semaine d’école ; L’extrémité du bois enchanté ; Les masques tombent ; Un conte inachevé.
La comédienne Johanne Marie Tremblay donne vie au texte avec sensibilité et humour et son accent contribue à enraciner l’histoire dans la terre du Québec. Elle sait jouer les différents personnages. Comme pour les illustrations, la place et la nature de l’accompagnement sonore intermittent sont soigneusement étudiés : chants des oiseaux, montée du vent dans le rêve central, bruits des voitures…, et quelques mélodies, par exemple pendant le prélude. Les deux dernières pages de l’album sont consacrées à la présentation des auteurs du texte d’origine et de l’adaptation, de l’illustratrice et de la comédienne.

Cet album-CD très élaboré, qui devint en 2012 un spectacle, mérite d’être découvert dans toutes ses composantes qui s’harmonisent parfaitement. Il peut séduire les enfants dès 7-8 ans, mais il recèle une profondeur qui peut intéresser des lecteurs plus âgés, y compris dans une approche pédagogique de la réécriture, des thèmes des liens filiaux, du rôle fondateur de la brève floraison de l’enfance dont l’amélanchier est le symbole, du conte...

Pour découvrir la collection « Conter fleurette » de Planète Rebelle : www.planete.rebelle.qc.ca et à Croqu’livre : La naissance de Petite-Petite Souris, Mon meilleur meilleur ami. Brigitte Lacot

A partir de 8 ans

coup de coeurOgres et ogresses / Praline Gay-Para ; Martine Bourre ; Rémi Saillard ; Vanessa Hié. – Didier Jeunesse, 2014

Dans cet album de 35mn, on découvre 3 contes racontés par la savoureuse Praline Gay-Para, édités à l’origine dans la sympathique et indispensable collection pour faire découvrir les contes aux petits A petits petons mais aussi dans la collection Escampette, chez Didier Jeunesse. Ils ne sont pas à écouter par toutes les mêmes petites oreilles :

A partir de 2 ans : Le premier conte «  L’ogresse et les 7 chevreaux  », 8mn34
Une version libanaise de la chèvre et les 7 biquets. C’est le plus musical. La voix de Praline nous porte et nous emporte dans un imaginaire que les enfants connaissent bien, celui de la mère qui part au marché en prodiguant de nombreux conseils à ses petits pour les protéger de l’ogresse qui rôde. Mais c’est toujours la même chose ! Voilà les chevreaux qui ouvrent la porte à celle qu’il ne faut pas laisser entrer… Heureusement tout se termine bien grâce à une maman courageuse et déterminée qui ne se laisse pas faire. La mise en page est variée, des couleurs différentes pour les personnages sont utilisées dans la typographie. Et l’illustration de Martine Bourre renforce la qualité rythmique de ce conte à voix nue.

A partir de 4 ans : Le deuxième conte « Trouvé dans un nid », 12mn20
Adaptation du conte des Frères Grimm « Volétrouvé ». En se promenant dans la forêt avec son père, Lili entend les cris d’un bébé. Celui-ci, caché dans un nid, deviendra « Touvé – dans - un - nid », un frère aussi précieux que la prunelle de ses yeux. Si bien que lorsque la fillette découvre l’horrible dessein de la grosse Suzon qui les a élevés, elle s’enfuit de la maison avec le petit, main dans la main. « Ils courent, ils courent, plus vite que le vent, plus vite que le temps. ». Poursuivis par les 2 valets de l’ogresse révélée, ils échapperont par 3 fois à leur funeste sort, grâce au pouvoir magique de Lili. L’illustration de Rémi Saillard accentue le mouvement de la course, les ombres, la peur. Au niveau musical, des grelots viennent souligner la course des enfants, les sabots des chevaux, la poursuite des cavaliers mais l’essentiel du rythme est donné par la voix chaleureuse de la conteuse. Les transformations des personnages pour échapper aux poursuivants intéresseront beaucoup les enfants.

A partir de 6 ans : Le troisième conte « Aïcha et l’ogre », 14mn46
Un conte populaire tunisien, assez terrifiant. Après le départ de son père pour un long voyage d’affaires, Aïcha l’espiègle se retrouve seule à la maison, bien protégée par un mur d’enceinte, avec interdiction d’en sortir. Mais elle va enfreindre la promesse pour aller quérir du feu chez le voisin car le chat a fait tomber la boîte d’allumettes et la fillette rêve d’un repas chaud. Mais le voisin est un ogre ! En échange de quelques allumettes, la voilà contrainte à se laisser sucer un doigt tous les matins, à travers un trou du mur… Praline Gay-Para adore faire l’ogre, elle joue de sa voix, la rend caverneuse, angoissante. Les illustrations très suggestives de Vanessa Hié peuvent renforcer un sentiment de terreur chez le petit auditeur mais heureusement, tout se finit bien ! Anita Choteau

coup de coeurLe premier œuf de Pâques / Zemanel ; Amélie Dufour ; Claire Benoist. – Père Castor (les classiques en musique), 2015

Cocoti, cocota ! C’est le printemps ! Poulette toute joyeuse court avec son trésor sous l’aile. Un œuf pondu pour la première fois, ce n’est pas rien. Elle court à la fête aux œufs où la reine des poules désignera le plus beau. Elle court, elle trotte si vite, que l’œuf glisse, plouf ! et tombe dans la mare aux cochons… « Oh non ! ». Elle court, elle trotte et vole si vite, que l’œuf tombe, par trois fois encore ! et se couvre de toute sorte de matériaux : végétal, minéral… « Oh non ! ». Sur son chemin, elle croise des volatiles désagréables qui se moquent de son œuf : trop ceci, pas assez cela… Ils lui conseillent de ne surtout pas aller à cette fête, là-bas, au sommet de la montagne…

Vive et joyeuse, cette histoire sous forme de randonnée, ravira les petits. Les illustrations au crayon d’Amélie Dufour sont douces et légères. Le récit dit par Claire Benoist est simple et l’accompagnement musical sympathique. Une discrète indication sonore invite l’enfant à tourner les pages de l’album. Si vous écoutez cette petite histoire (7 minutes), vous découvrirez que l’amour et le courage d’une mère sont immenses, que la persévérance est récompensée et pourquoi, à chaque début de printemps, les œufs sont décorés. Cocoti, cocota ! Claire Py

A partir de 3 ans

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