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Dernière mise à jour :
jeudi 24 avril 2014

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Les 5 derniers albums sélectionnés

Tchou tchouuuu / G. Bracquemond. - Atelier du poisson soluble

Difficile d’avancer pour ce petit train jaune qui rencontre des obstacles en tous genres. Mais il fait son chemin, « tchou, tchouuuu ! »
Le train en papiers collés jaune rencontre des taches gribouillées noires dont on ne comprendra la nature qu’en fin d’album dans une chute très efficace. Malgré le format carré cartonné, un album qui n’est pas pour tout-petit mais dès 3-4 ans.

L’ enfant chat / A. Basil, E. Keret ; R. Pinhas-Delpuech. - Actes sud

Papa a mieux à faire que de rester au zoo avec son fils : il doit vendre 2 immeubles et un avion aux japonais ! Quelques pièces, un ou deux conseils et le voilà parti laissant son fils qui déplore : « Je ne savais pas comment on fait pour s’amuser seul. » Et puis il constate vite que « les animaux n’aiment pas vivre en cage ». Après un bon repas (une saucisse et du chocolat « pour lui tenir compagnie dans mon ventre »), l’enfant maquillé en chat s’assoupit. Et se retrouve dans le fabuleux bateau de Mathusalem qui libère les animaux des zoos. Jamais encore il n’a rencontré d’« enfant chat à poils longs. » Notre narrateur lui en donne le modus vivendi, qui ne devrait pas être totalement inutile à son papa insouciant...
Un beau voyage imaginaire, initiatique et éthique.

Loup un jour / C. Claire ; C. Pollet. - Rouergue

Avec son pelage noir envahissant la page, le loup s’apparente à une menace pour chacun des personnages croisés. « Mais non ! » Le loup ne fait que subtiliser quelques petites choses à Pierre, au Petit chaperon rouge, aux trois petits cochons et autres animaux rencontrés. Tous sont bien sûr intrigués et suivent les traces de ce loup étrangement clément...
Pas question bien sûr de dévoiler la chute mais cette figue de loup entourée des personnages de contes ne nous décevra pas !
Papiers collés colorés et fourrure dense et sombre se côtoient pour une illustration dynamique qui participe de la tension narrative.

Extra doux / M. Barnet ; J. Klassen. - Milan

Annabelle, avec sa « boite remplie de fil multicolore », réenchante le monde avec ses tricots. Son chien, ses amis et camarades, tous sont habillés des couleurs de ce fil qui jamais ne s’épuise. Voilà qui attise la convoitise d’un certain archiduc qui, dépourvu de la générosité de la fillette, ne réalisera pas les mêmes petits miracles...
Une histoire douce, ouateuse et contagieuse dans son idée de partage désintéressé.

Le téléphone sans fil / I. Brenman ; R. Moriconi. - P’tit Glénat

Un très grand format pour une succession de portraits pleine page. Un arlequin chuchote à l’oreille d’un roi, qui lui-même susurrera à un chevalier en armure... Aucun mot dans ce “téléphone arabe”, l’attention est portée sur les postures, expressions et costume -et autres petits détails...- des personnages, humains et animaux. Quant au message, on n’en découvrira la teneur qu’à la toute fin de la boucle malicieuse. Énigmatique et gai !

>>> Toutes les nouveautés (albums)

Les 5 derniers romans sélectionnés

Solitaire / B. Ashley. - Bayard. - (Millézime)

Il se réveille sur une île seulement habitée par quelques chèvres. Aucun souvenir de ce qui l’a amené ici, de son passé... son identité semble être une friche vierge. Seules certitudes : il se sent chez lui sur cette île et est habité par une forte volonté de paix. Son nom sera donc Pax, il ne tuera pas même pour se nourrir.
Parallèlement à la survie sur l’île déserte, nous suivons l’histoire de Mike, grand-père de Joseph disparu lors d’une attaque d’un bateau, en zone de guerre. Joseph a-t-il été tué ou se peut-il qu’il soit le survivant repéré sur une petite île ? Mike décide de s’y rendre lui-même…
La rencontre du vieil homme richissime et du jeune traumatisé pacifiste et les liens qui se tissent entre eux nous surprendront à plus d’un titre. Nous ne dévoilerons évidemment pas la fin mais préciserons que le roman qui commence par une aventure de survie s’étoffe (certes un peu lentement) en une réflexion sur les guerres, la non-violence et le principe de réalité...

Les couleurs de la liberté / S. Baussier, P. Perrier. - Oskar. - (Fantastique)

Dans la société dans laquelle vit Juliaca, les colliens sont les nouvelles fenêtres de l’âme. Ils expriment la nature profonde de chaque individu ainsi que leurs émotions du moment. Elle rêve d’explorer la Valtavie, un pays lointain. Avant cela, elle doit réaliser une épreuve qui lui est imposée. Finalement, il s’avère qu’aller en Valtavie pour aider son petit frère est la clef pour la réussite de cette épreuve et elle se lance dans une aventure dont elle ignore tout mais qui va lui apprendre bien des choses sur ces colliens et leurs failles.
Une dimension didactique importante mais qui laisse tout de même de la place à notre propre jugement. Une écriture fluide et imaginative. Simple mais efficace.
Autre lecture
A Sheridan, personnalité et émotions de chacun sont exposées grâce à un collien. Sa couleur, ses reflets et ses bords permettent de lire en chacun, ce qui est censé pacifier la société. En réalité, le brun n’est jamais visible, associé à la tyrannie, il a disparu de ce pays. Lorsque le collier d’Ouro commence à prendre des teintes brunes et lui enchaîner les crises de colère, la vie de sa famille s’arrête... Est-il possible de le sauver ?
Juliaca et Sofia, ses deux sœurs aux caractères opposés, vont tenter de l’aider. Mais pour cela il leur faut traverser la frontière et apprendre à porter un autre regard sur la différence, chasser les ombres qu’on porte en soi...
Un roman d’apprentissage où chaque personnage évolue. A la recherche de leur identité, celle que le collien ne suffit pas à révéler, ils vont devoir surmonter des épreuves, et en premier affronter leurs préjugés...
L’histoire est originale et elle amène à ne pas poser d’étiquettes sur les gens, à leur permettre d’être eux-mêmes mais aussi de leur laisser la chance d’évoluer, de transformer leurs faiblesses en points forts. Une jolie fable.
« Comment condamner d’aussi jeunes vies alors qu’elles sont pleines de promesses ? Il est de notre devoir de les éduquer. C’est plus difficile que de les enfermer, mais tellement plus beau. »

Comme des images / C. Beauvais. - Sarbacane

« I. Il y a un corps dans la cour du lycée Henri IV. » Le ton est donné, le drame se déroule en un puzzle implacable.
Ils sont obsédés par leurs notes, leurs études, leur carrière. Issus d’un lycée select parisien, aucun échec ne leur est permis. Passer en ES est un naufrage, que dire de la filière L… Derrière l’excellence, l’ambition et la supériorité affichée, on découvre un univers d’une violence inouïe. Les dialogues sont acerbes, mauvais, pervers même mais les réactions impavides. Acceptation placide d’un univers déshumanisé là où devraient éclater le scandale, l’indignation, la révolte.
Seule Iseult s’émeut de tout ce qui ne tourne pas rond ces derniers temps : sa sœur jumelle Léo qui se joue de la narratrice et la traite comme une copine kleenex ; qui se fait humilier lorsqu’est divulguée à la vue de tous une vidéo très intime ; et cette narratrice amoureuse qui perd tout sens critique... Iseult observe, Iseult tente d’éveiller les consciences mais le monde continue sa course inexorable.
Après La pouilleuse, Clémentine Beauvais poursuit l’observation d’une jeunesse privilégiée mais désincarnée. La fin semble toutefois moins noire, avec cette narratrice qui espère bien fabriquer « quelque chose de plus vrai, de plus beau, de plus logique, dans ce grand monde de macadam. »

La volte / Y. Fastier. - Talents hauts

Mink sait très vite, en voyant Dotchin, que la jeune princesse aura une place très particulière dans sa vie. Lorsqu’elle comprend que la jeune fille, bientôt en âge de régner, est en danger, prise en étau dans une lutte de pouvoir, Mink n’hésite pas à tout lâcher pour suivre l’héritière et la sauver d’une veuve sans scrupules. Mais cette dernière est redoutable et les traques sans relâche dans un désert impitoyable. Et même si Mink connait bien ce milieu, même si elle est portée par l’amour qu’elle éprouve pour sa belle, même si elle est dotée du pouvoir de maîtriser la volte, les épreuves les acculent toujours davantage vers une fin sans issue...
Mink est une héroïne surprenante et une narratrice tonique, usant d’ironie même dans les situations les plus tendues. Chapitres courts et rebondissements incessants, elle nous embarque ainsi facilement dans cet univers fantastique, électrique sous bien des aspects... Même la chute n’est pas celle attendue.
Autre lecture
Mink est une fille du désert qui sait comme son père dompter l’énergie, la volte. Sa scolarité en ville lui pèse. L’arrivée de Dotchin, une princesse d’un pays lointain va faire éclater sa vie, la ramenant vers ses origines. Les ennemis sont nombreux : les gens de la ville, les prétendants à la couronne, mais aussi la nature elle-même. Alors que les conditions de vie sont de plus en plus précaires, le lien entre les deux jeunes filles hors du commun se complexifient... Mais que trouveront-elles à l’issue de leur épopée ?
Une histoire à plusieurs strates. On y trouve principalement un bon roman d’aventure avec pour cadre original les zones arides et retirées du désert mais s’inscrit doucement dans la trame la question de l’identité de Mink, véritable "fille-garçon", prête à tout pour sauver sa princesse. Dès lors, le récit prend la forme allégorique de la fin d’un monde, celle des conducteurs d’énergie mais aussi des étapes à franchir pour se construire en affirmant ses sentiments et son identité.
« En la voyant revenir avec deux paquets, je comprends : elle est bien en peine pour habiller la "fille-garçon du Capitaine de la foudre" ! Elle commence par étaler devant moi une longue robe multicolore semblable à la sienne, assortie d’une multitude de bracelets, de colifichets, de bijoux. Devant mon air dépité, elle déploie son plan B, une panoplie complète de jeune homme, conquise de haute lutte sur quelque frère ou cousin. »

Le livre dont vous êtes ENCORE la victime / A. Ténor. - PKJ

Valentin, un gothique plutôt solitaire au collège, découvre un jour une nouvelle librairie : le Styx. Intrigué, il s’y rend et parmi tous les rayonnages, un livre attire son regard. Malgré le prix, l’adolescent l’achète sans même savoir son contenu et l’ouvre enfin. A son grand regret... Car s’éveille en lui son double démoniaque : Darken le vampire. Désormais ses nuits sont peuplées de rêves et d’aventures qui l’emmènent toujours plus loin. S’engage alors une lutte entre les deux personnalités de l’adolescent, qui cherche à retrouver son ancienne vie.
Très divertissant et agréable à la lecture, ce roman emmène le lecteur dans un univers fantastique avec des vampires, des elfes mais surtout des livres magiques. Le récit est entrecoupé de passages du livre en question et rend l’intrigue encore plus prenante. Sans cesse entre une vie normale et celle d’une créature nocturne, Valentin se révèle attachant et les personnages qui l’entourent sont tout aussi intéressants.

>>> Toutes les nouveautés (romans)

Les 5 derniers livres CD analysés

C’est mon père qui me l’a dit / R. Boussengui ; S. Auvin. - Le Jardin des mots. - (Les savoureux)

Composé de neuf histoires courtes, l’album raconté par Rémi Bousengui s’inscrit dans la transmission orale de la parole. Avec sa voix chaude et ensoleillée, il retrace la parole contée des anciens d’Afrique. Il s’exprime même parfois dans la langue des Massengo, peuple bantou d’Afrique centrale. Les instruments de musique traditionnelle participe à la magie du conteur. On se retrouve tout au long des 63 minutes du disque comme au pied de l’arbre à parole, là-bas, quelque part où les histoires voyagent de bouches à oreilles...
Il y a une bonne dynamique dans cet ouvrage. Les illustrations, la typographie variée et la mise en page renforcent les paroles du conteur.
Un ouvrage réussi, de 4 à 99 ans, pour une ouverture sur la culture africaine.

coup de coeur Rockin’ Johnny / E. Senabre ; Merlin ; D. Pinon. - Didier

Eté 54 Tenessee. Edwyn et Johnny sont copains bien que le premier soit noir et le second blanc, ce qui n’est pas encore tout à fait accepté dans cette Amérique des années 50. D’autre part ils sont compères de sottises, de leur âge certes, mais cette amitié n’est pas du goût du père de Johnny... Ce jour-là, Edwyn entraîne son ami près d’une grange perdue au milieu d’un champs de maïs dans laquelle il se passe d’étranges choses, et surtout de laquelle sortent des sons jamais entendus. Les deux adolescents vont alors faire la découverte d’une nouvelle musique : le rock and roll !
S’ensuit une belle aventure durant laquelle ils vivront leurs premiers émois amoureux pour une jolie fille de leur âge et vont croiser le grand Elvis ! En effet, ils vont fuguer une nuit et suivre le groupe de musiciens qu’ils viennent de rencontrer jusqu’à Memphis et aider ceux-ci à enregistrer un disque. Journée inoubliable même si le pensionnat risque bien d’être au bout du voyage pour Johnny !
Dominique Pinon sert très bien cette histoire qui peut plaire aux jeunes dès 10 ans, les morceaux de musique qui la ponctuent sont des classiques du genre et permettent une belle et joyeuse initiation. Quand à l’album il rappelle lui aussi les livres illustrés des années 50. Le tout forme un bel ensemble original.
Autre lecture
1954, Tennessee. « Un temps où le monde réapprenait à vivre, et les gens à être heureux. » Mais c’est aussi l’époque où l’« on acceptait mal que les jeunesses noire et blanche se mélangent. » Edwyn et Johnny n’en ont que faire et font les 400 coups ensemble. Escapade du jour : écouter de la musique, de la vraie (pas comme les cours de piano moroses que suit Johnny). Les deux gamins découvrent, en live, le Rock’n’roll ! Le début d’une aventure qui les mène à Memphis pour enregistrer le premier disque de leurs nouveaux amis, les Roddy & the Hot Rats. Ils seront spectateurs et acteurs de cette épopée musicale...
On la vit, on la groove cette histoire ! Le texte précise certains détails qui rajoutent aux sensations. Le texte final donne la parole à l’auteur qui explique comment il a choisi de raconter, dans son histoire, celle du rock. Dominique Pinon assure toute la narration, avec le brio qu’on lui connait. Il s’interrompt pour quelques extraits de Hank William, Howlin’Wolf, Gene Vincent, Jimmy Preston, Fats Domino, Johnnie Ray, Jackie Brenston et Ike Turner, Ray Charles, The Dominoes, Pee Wee Crayton, Bill Haley, Little Richar, H-Bomb Ferguson, Elvis Presley, Wynonie Harris, The Spaniels et Chuck Berry (les 6 dernières pistes reprennent 6 titres en version intégrales).
Les illustrations de Merlin, la typographie en relief, les chansons annoncées sur des tickets de cinéma à l’ancienne, contribuent au dynamisme de cet album CD qui est décidément très réussi !

Le petit ours gris de la Mauricie / F. Leclerc ; E. Bori ; M. Lafrance. - La montagne secrète

Mission du livre CD : faire découvrir le patrimoine québécois, plus précisément Félix Leclerc, à l’occasion du centenaire de sa naissance (2014).
L’hiver, chez les ours, on dort profondément. On s’installe au fond d’un trou et se colle les uns aux autres « pour un sommeil profond qui tant ressemble à la mort ». Mais ce petit ours gris de la Mauricie a décidé de ne pas hiberner. Il a pour cela trop « grand goût de vivre » et préfère festoyer, jouer, giguer ! Mais Voilà l’hiver, rude, impitoyable, implacable...
Par le texte et les 10 chansons qui lui font écho (elles reprennent les éléments narratifs mais s’en échappent également), cet album est un hymne à la vie, à la liberté, même si elle se paie chère. La fin est en effet abrupte mais trouve un contrepoint réconfortant dans la toute dernière chanson qui lui donne un caractère onirique.
L’illustration est très apaisée, notamment avec la scène d’hibernation des ours, avec un brin de fantaisie.
Edgar Bori raconte le texte de Félix Leclerc et interprète les chansons qu’il a lui-même composées (une préférence pour Voilà l’hiver et Je vis au fond de mes bois). Son accent canadien et le timbre doux -sur des rythmes variés- procurent un réel plaisir, avec les mêmes sentiments contrastés que peut susciter La Chèvre de Monsieur Seguin.
A noter la présence d’un pdf sur le CD, fichier imprimable du conte illustré et des paroles des chansons.
Pour en savoir plus...

coup de coeurLe vieil homme et la perle / F. Noiville ; P. Dumas ; F. Van Den Driessche ; L. de Segonzac. - Gallimard. - (Musique)

Il s’agit d’un conte de Noël urbain moderne, au charme délicatement désuet. Toutes les composantes sont en harmonie.
L’histoire, inspirée d’un fait divers de 2009 adaptée en conte de Noël, est découpée en trois actes. Le premier présente les modestes plaisirs quotidiens de Lucien, un vieil homme pauvre qui habite à Paris le quartier de la rue Mouffetard – la Mouff’. Chaque jour il vient s’asseoir sur la place de la Contrescarpe et guette le passage de Madeleine lorsqu’elle revient de la messe. Lucien était un chanteur « assez distingué », mais la perte brutale de sa voix lui a tout fait perdre, travail et famille. Il a appris à aimer sa solitude mais se sent accompagné par un double dont la Voix sarcastique commente son amour naissant pour Madeleine et brise ses élans. Le soir de Noël le voit s’attarder, exceptionnellement morose.
L’acte II commence quand il contemple la vitrine d’un petit restaurant et passe outre les remontrances de la Voix : il entre déguster trois huîtres. C’est alors que se produit l’extraordinaire : la découverte d’une perle. Tous célèbrent l’événement mais deux bandits s’enfuient avec la perle et Lucien les poursuit en vain. Alors qu’il a rejoint son banc de la Contrescarpe, la Voix surgit et lui rapporte la perle, récupérée grâce à un croc-en-jambe aux voleurs, « pour le plaisir d’étendre la jambe ». A ce moment, tout bascule dans la tête de Lucien.
L’acte III est celui de l’audace. Lucien rentre s’habiller pour aller sonner chez Madeleine. Il repousse définitivement la Voix, retrouvant par la même la sienne. Madeleine et Lucien peuvent s’avouer leur amour, le chanter. Ultime miracle de Noël, ils s’envolent tels les mariés de la Tour Eiffel de Chagall.
La morale de ce conte est contenue dans le dernier chant de Lucien : au lieu de se refermer comme une huître, il faut avoir confiance en soi, lever ses inhibitions et révéler sa perle intérieure.
Le conte, accessible dès 5-6 ans, peut aussi séduire des enfants plus grands (et même des adultes). L’écriture humoristique est de qualité. Le texte joue avec plusieurs références. Il donne à voir la vie du quartier de la Mouff’ en s’inspirant des photos et des romans du milieu du XXe siècle plutôt que de 2009, époque du fait divers. La Voix -voix de la conscience, voix de la raison, déclinaison sur le mode mineur du double romantique- se moque de l’amour de Lucien pour Madeleine : il est le « vermisseau amoureux d’une étoile », de même que Ruy Blas se décrivait comme un « ver de terre amoureux d’une étoile », la Reine. La découverte de la perle le soir de Noël fait penser à la fois à Dickens et à Steinbeck, mais sur un mode léger.
Les illustrations de Philippe Dumas traduisent bien l’humour délicat du conte et les caractéristiques du vieux quartier. Les teintes sont douces, les traits comme crayonnés, donnant une impression de flou. Les illustrations pleine page se prolongent pour former un cadre autour du texte. La mise en page du texte est très classique et lisible. Les paroles de la Voix se détachent en caractère gras.
Le CD complète parfaitement l’album. La voix grave et la diction expressive de Frédéric Van Den Driessche donnent vie au combat de Lucien avec la Voix. Les intermèdes musicaux, de facture classique, de Louis de Segonzac correspondent bien à la tonalité des différents épisodes. Ils nourrissent le suspense sans être trop longs.
Un album CD très réussi, bienvenu dans le contexte actuel de pauvreté qui fait douter de ses capacités...

Le songe d’une nuit d’été / d’après W. Shakespeare ; A. Kunert ; A. Carré. - Adlibris. - (Grands maîtres)

L’esprit du songe d’une nuit d’été est bien là avec les thématiques retrouvées : amours à différents niveaux de la société ; inclinaison et désirs modifiés par des forces obscures (ici représentées par des elfes, sylphes...) ; théâtre dans le théâtre avec le groupe des artisans qui montent une pièce, le théâtre créé par des gens simples qui réunit par le rire et fait se rencontrer ceux qui a priori n’y étaient pas destinés...
L’inventivité de Shakespeare est mise en évidence avec aussi tout ce qui se trame dans le théâtre et chez les acteurs. Avec le masque, un homme peut jouer un rôle de femme et vice versa ; un mur, sur scène, peut être un mur humain... Tout cela a-t-il bien lieu ou est-ce un songe ?
La narration est faite à partir d’une adaptation allemande de Barbara Kindermann. Les dialogues sont en partie repris d’une traduction de Victor Hugo, avec une lecture d’Alain Carré qui attache et n’entraîne aucun ennui pour ce texte de 38 minutes. Les illustrations, saturées de verts, sont plus intéressantes dans les détails.
Précisions claires en dernière page avec une présentation de William Shakespeare et de la comédie Le songe d’une nuit d’été sous le titre Emmêler et démêler.
Un bel ouvrage pour s’initier à l’œuvre. On aurait pu souhaiter une mise en musique pour alléger l’ensemble.
Autre lecture]
Le choix de ce grand classique de Shakespeare écrit à la fin du XVIe siècle est ambitieux. La pièce (découpée après sa création en 5 actes) est particulièrement complexe, puisque s’y croisent et s’y emboîtent plusieurs intrigues qui ont lieu à Athènes, au moment du solstice d’été.
La première intrigue met en scène les amours contrariées de quatre jeunes gens : Hermia aime Lysandre mais son père, Egée, veut la contraindre à épouser Démétrius et pour ce faire réclame l’arbitrage du duc Thésée. Héléna, amie d’Hermia, aime Démétrius, mais celui-ci aime Hermia. Pour échapper à l’ultimatum du roi, Lysandre et Hermia se donnent rendez-vous dans la forêt, poursuivis par Démétrius, lui-même poursuivi par Héléna.
La deuxième intrigue met en scène sur le mode burlesque six artisans qui veulent monter une pièce pour les noces de Thésée et d’Hippolyte : les amours tragiques de Pyrame et Thisbé. Ils se donnent aussi rendez-vous dans la forêt.
La troisième intrigue représente le différend entre Titania, la reine des fées, et Obéron, le roi des elfes, qui se disputent les services d’un jeune page. Pour châtier Titania, Obéron demande au lutin Puck d’aller chercher une fleur magique dont le suc versé sur les paupières d’une personne endormie rend amoureux du premier être aperçu au réveil. Comme en outre il a entendu les querelles des quatre jeunes Athéniens, il veut également utiliser les pouvoirs de la fleur sur Démétrius.
A partir de là tout se dérègle : Lysandre reçoit le suc et tombe amoureux d’Héléna, Titania tombe amoureuse de l’artisan Bottom affublé par Puck d’une tête d’âne. Il faut qu’Obéron répare les erreurs de Puck : tous les couples peuvent ainsi être formés, Lysandre et Hermia, Démétrius et Héléna, Titania et Obéron. Tous assistent dans le dernier acte à la représentation burlesque de Pyrame et Thisbé donnée par les artisans.
Le nombre élevé des personnages aux relations compliquées risque de décourager le jeune lecteur-auditeur. Il vaut probablement mieux commencer par l’écoute du CD, et même en ce cas, il semble préférable qu’un adulte prépare cette écoute. La mise en place des intrigues peut être ressentie comme trop lente. C’est à partir du moment où les dialogues entre les personnages deviennent plus nombreux, où les artisans font entendre le décalage des styles et où le rythme s’accélère progressivement que l’on peut espérer que les destinataires seront vraiment « embarqués » dans la folle magie de cette nuit d’été. Il est regrettable que l’absence de repères dans l’album, de signalement du changement de plages par un symbole dans l’album et une véritable pause dans le CD ne facilite pas la découverte, sauf si l’adulte passeur, s’appuyant sur une bonne connaissance de l’œuvre, fragmente l’écoute et guide la lecture du passage correspondant. Quoi qu’il en soit, une véritable appropriation demande du temps.
Les illustrations ne sont pas très séduisantes au premier abord mais méritent d’être regardées attentivement. Elles jouent sur différentes nuances de vert, ce qui n’est pas anormal pour une pièce qui se déroule essentiellement dans la forêt, mais il faut dépasser la première impression d’uniformité. Les illustrations pleine page se prolongent sur la page de texte ; cela apporte une certaine variété et rend plus acceptable la densité du texte. Les personnages très petits sont présentés comme des marionnettes, ce qui rend bien la tonalité de ce monde féérique dans lesquels s’agitent les fils de l’amour aveugle. Nombre de petits détails soulignent la dimension comique de la pièce. Ces illustrations sont en accord avec les choix d’Alain Carré qui accorde plus de place aux effets comiques qu’aux subtilités du sentiment amoureux et aux fantasmes du songe.
On peut donc proposer cet album CD à des lecteurs d’une douzaine d’années ou plus (et même à des adultes), mais mieux vaut accompagner la prise en mains. L’ouvrage est à la fois exigeant et intéressant quand on accepte de prendre le temps de l’explorer.

>>> Toutes les nouveautés (livres CD)

Les 5 derniers ouvrages théoriques sélectionnés

coup de coeur Albums[s] / S. Van der Linden. - Actes Sud ; Facto. - (Encore une fois)

Partir de la page blanche (albus en latin), construire le format, signifier la matérialité du livre, organiser le texte en devenir en lien avec l’image... et la notion d’album prend sens.
Sophie Van der Linden, spécialiste de la littérature jeunesse (Lire l’album) retrace en une synthèse intelligente, évolutive et structurée dans une logique qui nous interroge, la multiplicité de la création d’un album. Style, point de vue, montage, types d’albums selon l’articulation texte, image et support, historique en terme d’évolution structurelle... autant d’entrées qui nous invitent à nous précipiter sur le premier album à portée de main, à relire et saluer la créativité des auteurs.
Dans son organisation formelle, cet ouvrage nous donne à comprendre ce qui fait sens dans un album. Plusieurs exemples de titres publiés viennent illustrer et préciser la pensée de l’auteur.

Sommaire général

principes
fabrication
frontières du livre
techniques
trait et couleur
style
production du sens
texte
texte-image
point de vue
montage
espace / temps / mouvement
rythme
construction
successivité
abécédaires
jeu
théâtralité
album sans texte
cinéma
illusionnisme
hybridités
fonctionnement
texte - image - support
album illustré
album narratif
album graphique
interaction
schéma général
l’album illustré / exemple
entre l’album illustré et l’album graphique / exemple
l’album graphique / exemple
entre l’album graphique et l’album narratif / exemple
l’album narratif / exemple
entre l’album narratif et l’album illustré / exemple
évolutions
naissance de l’album moderne
quand les artistes s’emparent de l’album
le graphisme, une nouvelle voie
un autre rapport à l’enfance
l’objet livre et son lecteur
sommets de l’album narratif
vers la bande dessinée
ouvertures graphiques
artistes au service des tout-petits
nouvelles perspectives
carte éditoriale de l’album
compléments
notes
album par Olivier Douzou

coup de coeur Abcdaire illustré de la littérature jeunesse / J.-P. Gourévitch. - Atelier du poisson soluble

Dans une perspective historique et une approche contemporaine, Jean-Paul Gourévitch nous offre une mine de renseignements pour plonger dans l’univers de la littérature jeunesse. Auteurs-illustrateurs, thèmes récurrents, personnages incontournables, organismes, éditeurs, termes techniques... plus de 2500 entrées sous forme d’abécédaire. Les articles sont le plus souvent courts et certains thèmes, plus signifiants, sont développés en doubles pages : Abécédaire, Bibliothèque, Conte, Images d’Épinal, Guerre, Hetzel, Illustré, Journaux et naturellement Littérature de jeunesse...
L’ouvrage est dense (336 pages sur papier glacé abondamment illustré en couleurs) et Jean-Paul Gourévitch, à la fois généraliste et spécialiste, éveille notre curiosité, nous interpelle sans cesse et rend cet ouvrage très agréable à feuilleter.

coup de coeur 80 activités pour lui donner le goût de la lecture / C. Poslaniec. - Nathan

« Aimer lire... si ce n’est pas le cas, il n’est jamais trop tard pour se réconcilier avec le livre. »
Pour chacune des 4 étapes du développement de l’enfant proposées par Christian Poslaniec, vous trouverez 20 fiches d’animations autour du livre, courtes, simples et ludiques pour le plaisir de tous !
Avant 3 ans, le livre est d’abord objet, puis le petit découvre des images, ses premiers personnages de la littérature jeunesse, le plaisir d’entendre raconter, c’est le début d’une culture...
Vers 3/5 ans, l’apprentissage du langage se développe, les mots se dévoilent avec le savoir de l’alphabet, les émotions s’enrichissent au contact des histoires et des autres.
A 5/7 ans, la pratique de la lecture devient une énigme à résoudre : lire seul, comprendre seul est un enjeu essentiel.
C’est vers 7/10 ans que, la lecture maitrisée, l’enfant pourra s’aventurer vers des genres littéraire, des instances narratives différents et confirmer ses goûts.
Avec ce petits manuel très clair, Christian Poslaniec, spécialiste de la littérature jeunesse, propose un bon outil de base pour les parents et les médiateurs du livre.
La bibliographie en fin d’ouvrage reprend les titres présentés dans les fiches et servira de référence.
Autant de pierres à l’édifice d’une lecture plaisir à réinventer au fil du temps.

Sommaire

Introduction
Avant 3 ans
Livre câlin
As-tu peur ?
Cache-cache crocodile
L’animal préféré
Raconter à nounours
Le bonhomme de pain d’épice
Être le loup
Le livre-jeu
Tirage au sort
Où est la petite bête ?
Le petit pot
Les histoires de la nature
Comptines et chansons
Les petites boites
Ça n’existe pas !
La télé de papier
Les petites marionnettes
Se déguiser
Madame la ’neige
Raconte-moi le livre
3-5 ans
Fais-moi peur !
Cuisine littéraire
À deux voix
Faire une randonnée
Il pleut, il mouille
La pluie fait des claquettes
Coloriage
Drôles d’imagiers
Quelle saison ?
Images imaginaires
Inverser les rôles
Le chat m’a demandé
Métamorphose
Humaniser un animal
Mettre en mots un livre sans texte
La fin de l’histoire
Inventer une comptine
Écrire la suite
Souvent conte varie
L ’histoire derrière l’histoire
5-7 ans
Promenade pile ou face
Le premier qui rira
Domino des livres
Classer les loups
Inventer le texte d’un livre tout image
Entre deux pages
Trouver un accessoire
Inventer un personnage
En auto
Les portraits
Raiponce
Fabriquer un petit livre
Construire le décor d’un livre
Se mettre au vert
Questions existentielles
À qui la faute ?
Jouer avec les mots
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coup de coeurUne brève histoire de l’adolescence / D. Le Breton. - Jean-Claude Béhar. - (Brève Histoire)

David le Breton, anthropologue et sociologue français, propose une approche inattendue de l’adolescence dans une perspective historique. Une analyse pointue de ses mutations contemporaines, prises dans le tourbillon des précarités sociales et familiales.

Sommaire

1. Les « Grandissants »
2. Rites d’initiation des sociétés traditionnelles
3. Adolescences, au fil du temps
4. Émancipation
5. Adolescences liquides
6. Vertiges familiaux
7. Consumérismes
8. La voie du risque
9. Transmettre

coup de coeurLa classe / les élèves du collège Verlaine et les étudiants de Sciences-Po Lille avec Marie Desplechin. - Odile Jacob

Sur une idée« lancée en l’air », Marie Desplechin prise au mot, fait « entendre la parole de gens qu’on n’écoute pas si souvent, faute aussi de les questionner ». Elle a proposé à des étudiants de Sciences Po Lille -Master de management des institutions culturelles- de « descendre dans la rue » et de rencontrer les élèves d’une classe de troisième du collège Paul Verlaine. Cette innovation pédagogique atypique, mise en place dans le cadre du dispositif Eclair, rejoint le programme scolaire sur le thème de l’autobiographie.
Malgré la réticence de certains étudiants qui en redoutaient l’instrumentalisation, Marie Desplechin, dans cette entreprise incertaine, supervise le projet. Attentive, présente, elle invite ses étudiants à l’empathie et la bienveillance, au respect de la « propre musique » des collégiens : habiter les textes « par un regard, par une émotion ». Son influence se ressent bel et bien dans les portraits de ces jeunes.
Ces conversations libres tissent une sociologie humaine, vivante et emplie d’émotions. Les élèves livrent une parole enfin reconnue, écoutée et retranscrite par ceux qui un jour pourront être les politiciens de demain. Famille et origines, religion, école, orientation (question cruciale en 3eme), avenir, rêves... c’est autour de leur intimité que les adolescents, pendant 4 rencontres, se sont racontés à leurs « grands frères »
Ensemble, ils nous livrent 34 portraits « autobiographique(s) à deux ». Cet ouvrage est également l’histoire de cette démarche et offre un objet littéraire « à la marge de la littérature, du journalisme et de la sociologie. »
Écouter la présentation du projet par Marie Desplechin

Table

Préface - par Marie Desplechin
Reportage - par Pierre Depaz, Juliette Deborde, Tomas Statius
Interviews - par Jeanne Pa gin, Pauline Schuester
Lucile - par Benjamin Chevalier
Yacine - par Marie Desplechin
Aleyna - par Céleste Simonet
Abibatou - par Solwen Duée
Sofiane - par Alexis Carré
Tamilla - par Lorraine Creusot
Mathilde - par Marion Barbier
Gaël - par Alison Manicourt
Anissa - par Camille Balaudé
Anissa - par Marie Deneux
Brandon - par Wilhelm Kuhn
Clémentine - par Marion Thomas
Valentin - par Pauline Botté
Océane - par Marie Herrmann et Alisha MoIter
Raphaël - par Simon Pillan
Nadia - par Magali Monier
Antoine - par Margot Daudin-Clavaud
Jemila - par Guillaume Slizewicz
Nacer - par Louise Bigot
Rama - par Charlotte Payen
Fenty - par Ibtissame Bellehouane
Fanta - par Annabelle Mailliez
Kenza - par Anouk Perruche
Rachid - par Marie Courtade
Inès - par Christelle Përz
Laura - par Céline Haag-Recknagel
Faudel - par Amine Boubguel
Lamia - par Mathilde Andrieux
Djamel - par Pierre Depaz et Tomas Statius
Hind - par Marion Lauras
Claire - par Simon Vialle
Alison - par Agnès Coric
Malika - par Élise Brunel
Nessim - par Céline Doussard

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